QUELQUES MOTS

Actuellement je suis sur une série que j’ai intitulée « Les Mots du Corps. »          

J’ai grandi dans un café populaire en Provence.
Du haut de mes 5 ans je me souviens a quel point j’étais fascinée et un peu effrayée de tous ses personnages haut en couleur remplis de tendresse et de souffrance. Je me souviens des grands méchouis et des bagarres qui finissaient en sang, je me souviens du premier dessin que j’ai vendu 5 Fr à un client (à 7 ans c’est une fortune !).
Les années ont passé et je ne dessinais plus.
Puis j’’ai découvert le théâtre à 14 ans, d’abord comme médiocre comédienne puis très vite je me suis dirigée vers la lumière. Peindre avec des projecteurs, c’est plus lourd que des pinceaux mais quel pied !
20 ans plus tard, j’ai eu l’impression d’être arrivée au bout de mes limites dans ce domaine, et l’ennui commença à s’installer, même passer deux mois au japon ou ailleurs devenait pénible. Il était temps de prendre un autre chemin.
Mais que faire lorsqu’on a vécu si longtemps dans un monde aussi passionnant ?
Je n’ai toujours pas trouvé, mais depuis je vis le spectacle avec beaucoup plus de distance. Et mon âme de petite fille de Provence qui était fascinée et un peu effrayée de tous ses personnages a ressurgit… et le besoin d’exprimer à nouveau à travers l’image, mes tendresses et mes souffrances a repris sa place.
Ce fut d’abord avec la photo, et un jour j’ai découvert Photoshop et l’image numérique d’une façon plus générale. Mais autant je suis fascinée par cet outil de création lorsqu’il est sur un support écran, autant le support papier ne me satisfaisait pas, trop lisse, trop propre, pas assez charnel.
Jusqu’au jour où j’ai eu un déclic.
Comme parallèlement je continuais toujours à chercher une autre activité professionnelle, je me suis inscrite à des cours de designer graphiste.
Un jour j’ai eu un exercice où l’on me demandait de faire un transfert sur papier avec du trichloréthylène, et de le retravailler à la craie. Ce produit devenu interdit à la vente en France, donc introuvable, mes profs me dirent d’oublier cet exercice. Mais trop tard l’idée avait fait son chemin et je décidai de faire un transfert autrement.
Après un an de recherche de support qui accepte d’être chauffé au fer et d’être peint le médium fut adopté.
J’ai fait aussi des essais sur toile, mais le rendu s’il est plus facile à maitriser, a un aspect « peinture » qui ne me séduisait guère. Car il est important pour moi que l’aspect photo soit toujours présent et qu’il se marrie avec la matière.
Mes tableaux commencent toujours par une photo, le plus souvent personnelle ou des images télé, dont j’extrais uniquement l’émotion. Ensuite je la retravaille en peinture numérique, dont à nouveau j’extrais l’essentiel, que je transfère sur medium. Pour finir je retravaille à la peinture acrylique et un peu d’encre.
Aujourd’hui je peux enfin exprimer librement mes émotions, et ne plus en avoir peur.
Parfois je retrouve même du plaisir dans le spectacle.